jeudi 6 septembre 2012

Psychiatrie pour l'étudiant, de Michel Hanus et Olivier Louis



 Ce qui surprend le plus dans ce manuel, c'est de constater à quel point il est complet. Bien sûr, malgré les très très nombreuses abréviations (non, BDZ n'est pas un manga célèbre), en 350 pages on ne fait pas une encyclopédie, donc certaines pathologies sont traitées de façon plus complètes que d'autres, mais en règle générale on retrouve non seulement description mais aussi étiologie, épidémiologie, options thérapeutiques (qui incluent les options médicamenteuses, ce qui intéressera moins l'étudiant·e en psychologie) qui font la différence entre analyse et thérapie analytique et qui prennent les TCC au sérieux, évolution, ...

 L'approche revendiquée est dite classique, ne suivant à la lettre ni la conception analytique de la psychopathologie, ni celle du DSM (auquel il est reproché "de se vouloir athéorique, c'est à dire de faire table rase des acquis de la psychanalyse"). Les concepts psychanalytiques de base sont toutefois expliqués, et la notion de structure est très présente (sont même décrites les personnalités paranoïaque ou phobique!). Si le chapitre sur les addictions inclut les troubles du comportement alimentaire (la théorie de l'abus sexuel à l'origine de ces troubles, sur laquelle figurent... deux phrases dans les ouvrages que j'ai lus sur le sujet et dont les résumés sont disponibles sur ce blog, est évoquée), consacre une part importante à l'alcoolisme (ce qui se justifie - "environ un malade hospitalisé sur 5 est un alcoolique", et l'alcool peut être la cause ou la conséquence d'autres troubles-), et a un catalogue des drogues encore plus complet que celui du livre d'Evelyne Pewzner (même le prix est parfois inclus, bien que les cours puissent avoir changé depuis 2010), pas un mot sur l'addiction sans substance...

 Des informations générales d'ordre plus pratique, utiles à tou·te·s, sont également fournies (je ne parle pas des "conduites à tenir devant...", qui contrairement à ce qu'on pourrait croire sont complexes, impliquent souvent des médicaments et sont donc à mon sens destinés à un·e psychiatre plutôt qu'à un témoin qui a des notions de secourisme). Des indications sont ainsi données pour trouver une méthode thérapeutique fiable parmi les "plus de 250 recensées", pas toutes recommandables. La psychanalyse est probablement celle qui est traitée de la façon la plus complète, sont très clairement énoncés ses intérêts mais également ses limites (ce qui est très impoli de la part de l'un des auteurs, psychanalyste, envers ceux·elles du Livre noir de la psychanalyste qui se donnaient tant de mal à suggérer un genre de complot des analystes pour maintenir les gens dans l'ombre). Sont également distinguées psychanalyse, thérapie de type analytique et thérapie de soutien, pour mieux expliquer dans quels cas l'une ou l'autre sont plus pertinentes. Comme mentionné plus haut, les TCC sont indiquées dans certains cas, et il est précisé que "le dogme psychanalytique du symptôme de remplacement est mis à mal par la réalité". Les méthodes de relaxation sont également prises au sérieux... enfin, celles qui sont sérieuses (le·a lecteur·ice est mis·e en garde contre l'abondance de produits relaxants -musique, mobilier, ...- qu'on trouvera -trop?- facilement dans le commerce, qui sont différents des pratiques validées scientifiquement et qui demandent généralement un exercice quotidien). Sans surprises, le chapitre important consacré spécifiquement au médicament demandera de l'absorption d'aspirine aux non spécialistes qui auraient quand même l'ambition de tout suivre, et ce serait très malhonnête de ma part de vous en dire grand chose. Les électrochocs sont également évoqués, même s'il ne faut surtout plus dire électrochocs (ni sismothérapie) mais électroconvulsivothérapie (entre nous, c'est bien dommage, parce qu'électrochoc c'est quand même plus facile à prononcer). Une parenthèse intéressante est aussi proposée sur l'hospitalisation sans consentement (risque, enjeux, conditions, ...), mais la loi changeant rapidement il est possible que l'ouvrage ne soit hélas pas suffisamment récent et que ce chapitre soit obsolète (comme la remarque sur le fait que le titre de psychothérapeute soit accessible à tout individu à qui l'envie prend de  l'afficher : c'était avant la proposition de réglementation de ce titre et la bataille épique entre professionnel·le·s et législateur qui fait rage depuis... le manuel n'a pourtant été réédité qu'il y a deux ans!). Dernier mot sur les aspects qui ne concernent pas strictement la psychopathologie : la bibliographie est étrange (presque à l'opposé de celle du manuel de Bergeret). Extrêmement courte, chaque ouvrage est présenté, mais elle porte presque exclusivement sur les patients bipolaires.

 Fait qui n'est pas indispensable mais dont il serait curieux de se plaindre : le souci d'éthique est présent tout au long de l'ouvrage. Concernant les médicaments (c'est important : l'industrie pharmaceutique sait entretenir les conflits d'intérêt), un avertissement est d'entrée fourni aux lecteur·ice·s, les informant que l'ouvrage ne suffit en aucun cas à remplir une ordonnance, la science avançant très rapidement sur ce sujet. D'autre part, le site Internet de la revue Prescrire (rendue célèbre à l'époque de l'affaire du Médiator pour avoir détecté son danger en avance) est proposé dans la bibliographie. Sur un autre sujet, et c'est peut-être l'information la plus importante du livre, il est précisé que les "qualités fondamentales" de tout·e thérapeute sont "l'honnêteté, la compétence et l'empathie". Ce sont deux qualités sur trois qui ne sont pas enseignées sur les bancs de l'Université et qui ne sont pas exigées même pour les diplômes les plus prestigieux, mais surtout ce sont deux qualités sur trois que le·a patient·e acteur·ice de ses soins est à même d'évaluer, ce qui est une excellente nouvelle.

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