mercredi 13 février 2013

En Analyse, saisons 1 et 2


 Bon, avant de commencer de parler de cette série, je suis bien obligé de dire que j'ai un peu, même beaucoup, la teu-hon. En effet, par principe, j'ai HORREUR des remakes. Si les suites juste pour dire qu'on fait une suite parce que le précédent a marché et qu'on va continuer jusqu'à ce que ça arrête d'être rentable, ou le fait de refaire un classique 30 ans après avec des moyens modernes (alors que si le classique en question est encore regardé, c'est peut-être parce qu'il n'en avait pas besoin, des moyens modernes), m'agacent franchement, je contourne facilement le problème en n'allant pas les voir (bon, à part le King-Kong de Peter Jackson que j'ai même en blu-ray, personne n'est parfait), mais les remakes que je déteste par dessus tout, que le simple fait d'annoncer me met de mauvaise humeur, ce sont ceux qui consistent à faire -ça a d'ailleurs été le cas pour le film allemand L'Expérience, très librement inspiré de l'expérience de Stanford de Philip Zimbardo- une version américaine d'une œuvre étrangère qui a bien marché (y compris quand c'est une gamelle annoncée comme Deux Sœurs ou La Mort en Ligne, par exemple). Et là, on ne pourrait pas plus tomber dedans. En Analyse (In Treatment en VO) est la version américaine (avec une célébrité, même si je connaissais pas ladite célébrité, dans le rôle principal) de la série israëlienne Be'Tipul. Hélas, cette série n'est semble-t-il pas disponible -enfin si, la saison 2, mais pas la 1 donc bon...- avec des sous-titres anglais (ni français, on s'en doute), et mon niveau d'hébreu laisse franchement à désirer (je n'ai même pas la moindre idée de ce que Be'tipul peut bien vouloir dire, ni comment ça se prononce), et en plus, il faut bien l'admettre, c'est une bonne série, même si elle me contraint à contribuer à une manie que je déteste ("si il y a un truc bien il faut en faire une version américaine").

Le spectateur a le privilège d'assister aux séances qui coûtent très cher du psychanalyste Paul Weston tout en ayant, c'est une série télé, quelques infos sur sa vie personnelle et en particulier familiale. On assiste également à des séances de supervisions très sportives (disons qu'elles impliquent pas mal de décibels). Chaque saison nous fait suivre le parcours de quatre patients (on sait qu'il y en a d'autres, mais on ne fait que les entrevoir, on sait juste qu'ils existent). Dans la saison 1, une patiente (par ailleurs pas célibataire) fait au psy à la fin d'une séance une vibrante déclaration d'amour, un pilote militaire très médaillé veut savoir si c'est une bonne idée de se rendre en Afghanistan (on imagine bien de quel pays il s'agit dans la série originale) sur le site de la dernière cible qu'il a, conformément aux ordres et à ses compétences, super bien bombardée mais qui se trouvait être une école avec, c'est souvent le cas dans une école, plein d'enfants vivants dedans (et qui de fait l'étaient bien moins après le bombardement), une adolescente sportive de haut niveau vient sur consignes de l'assurance pour qu'il soit certifié qu'elle ne s'est pas jetée sous la voiture qui l'a renversée, et un couple (elle, haut placée hiérarchiquement dans son entreprise, lui, plus jeune, musicien qui a du mal à percer, qui élèvent un enfant de 10-12 ans) aux échanges explosifs consulte pour décider ou non de garder l'enfant qu'elle porte, bien que la grossesse n'ait pas du tout été évidente, médicalement, à obtenir. On se rend rapidement compte, et ce ne sera pas démenti, qu'il sera beaucoup question de transfert : l'objet à priori d'une thérapie analytique est de parler de soi en long, en large et en travers avec le loisir de ne pas être interrompu -sauf dans le principe des séances courtes mais c'est une autre histoire-, mais dans les premiers épisodes les patients passent beaucoup de temps à parler de l'analyste. Dans la saison 2, une ancienne patiente retourne en analyse de nombreuses années après et met en partie ses problèmes d'aujourd'hui sur le compte de la fin trop abrupte de la première thérapie, une étudiante en architecture annonce qu'elle a un cancer, elle n'en a encore parlé à personne (à part à quelqu'un qui travaillait sur un chantier et qui la saoulait, pour le faire taire et ça a super bien marché), même pas à ses parents ils ont autre chose à s'occuper avec son frère autiste, un couple encore en grande tension amène son enfant pour faire en sorte qu'il souffre le moins possible de leur divorce en cours, le PDG d'une très grande multinationale vient parce qu'il a du mal à dormir et avec les responsabilités qu'il a il ne peut pas se le permettre, d'ailleurs il voudrait un truc rapide merci genre sophrologie parce que le temps c'est de l'argent en particulier son temps de PDG très très très important, surtout que la multinationale est sur le point d'avoir un énorme procès en responsabilité civile mais ce n'est pas le problème le stress il a connu ça toute sa vie vous pensez bien il a même combattu au Vietnam et ça n'a pas affecté son sommeil pour autant. S'il sera aussi question de transfert (ben oui, on assiste à des séances de thérapie analytique), le thème central de cette saison sera plutôt celui des responsabilités, dans différents sens du terme, y compris des responsabilités qu'il est plus responsable de ne pas prendre. La saison 2 doit être plus sympa à regarder si on a vu la 1 mais ce n'est pas non plus Twin Peaks, on peut parfaitement faire sans.

Si on peut difficilement savoir ce qui se passe dans le cabinet d'un psy (à moins d'être psy soi-même, mais même là on ne peut pas deviner ce qui se passe dans le cabinet des confrères), les séances restent toutefois crédibles, au point que l'accompagnement musical, quand il rappelle son existence, tombe comme un cheveu sur la soupe (pas comme par exemple dans la télé réalité, l'autre extrême, où on nous dit à chaque fraction de seconde ce qu'on doit penser ou ressentir). Contrairement aux études de cas ou vignettes cliniques des livres ou articles de presse spécialisés, on profite aussi pleinement du langage non-verbal (plusieurs acteurs ont d'ailleurs été récompensés), et les situations sont suffisamment variées pour être intéressantes ou, du moins, questionner. On peut d'ailleurs s'amuser au jeu des interprétations ou du "comment j'aurais géré ça" (ce qui est facilité par le fait que les épisodes soient bien rangés, "patient 1" "patient 2" "patient 3" "patient 4" "supervision", on peut donc affiner sa compréhension de chaque cas en regardant à la suite tous les épisodes du même patient) en se disant en cas d'échec que de toutes façons le personnage principal est un professionnel prestigieux et expérimenté, et en plus c'est facile de réagir bien et promptement quand on a des répliques écrites à l'avance par des scénaristes qui ont tout leur temps (oui, moi je me suis entraîné à la mauvaise foi^^). C'est d'ailleurs (enfin ça n'engage que moi) un point fort de la série de voir ce type vite perdu dès qu'il sort de son domaine d'expertise, qui a un accent marrant quand il s'énerve et qui malgré ses beaux diplômes gère sa vie de couple (son épouse est jouée par Michelle Forbes, criminelle de guerre dans Battlestar Galactica, si il avait vu cette série il ferait beaucoup plus gaffe à pas la contrarier) d'une façon que, en guise d'expertise en psychisme, la lecture de Cosmo suffirait pour savoir mieux s'y prendre, désamorcer face à ses patients des situations aussi délicates qu'explosives, un peu comme un démineur qui arriverait à faire son travail en plein milieu d'un champ de bataille.

Ça reste, on est bien d'accord, une fiction (d'ailleurs la durée des séances est supposé excéder les 20 minutes de chaque épisode, alors qu'on en voit l'intégralité, ce qui est difficile à justifier sauf faille spatio-temporelle mais ce n'est évoqué à aucun moment, et les différents patients sont, c'est bien pratique, incroyablement synchro au niveau du tempo de leur thérapie), mais le travail fait est sérieux et ça reste un moyen différent et distrayant (enfin c'est pas non plus 24HChrono ou Desperate Housewives, si vous les regardez en marathon vous allez vite vous lasser!) de travailler.
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire