jeudi 26 février 2015

Les Violences ordinaires des hommes envers les femmes, de Philippe Brenot




 Philippe Brenot, thérapeute de couple, liste dans ce livre les violences que les hommes font subir, individuellement (violence conjugale) ou collectivement (inégalités sociales), aux femmes. Il précise que cette violence des hommes envers les femmes semble parfois tellement naturelle qu'elle en devient invisible ("l'androcentrisme est ainsi, à notre corps défendant, toujours présent dans une société qui a été pensée, organisée et dirigée par les hommes depuis tant de siècles") et que tous les hommes, lui y compris, doivent être vigilants sur leur comportements. Les violences vont donc des inégalités à grande échelle (différence de salaire à poste égal, faible proportion de femmes dans certains domaines - "ce sont l'université, la politique et l'armée qui ont le plus longtemps opposé une résistance à l'entrée des femmes en leur sein", les plaintes pour viol et violences conjugales, qui concernent majoritairement les femmes même si l'auteur ne manque pas de rappeler que certains hommes les subissent par des femmes, sont de fait le plus souvent enregistrées par des hommes, …) au plus intime, au sein du couple : refus de remise en question par l'homme qui estime être dispensé d'écouter sa compagne, violence physique, négligence au niveau de l'hygiène ("un comportement inconscient de rejet, de mépris, de désintérêt"), absence de disponibilité à l'autre, viol conjugal (l'auteur a le mérite de consacrer du temps à ce sujet parfois tabou, au travers de suffisamment de vignettes cliniques pour montrer que la situation n'est pas une exception et que le violeur ne peut pas ignorer l'absence de consentement de sa victime), comportements entre lesquels Philippe Brenot refuse d'ériger des frontières ("il n'y a pas de différence de nature mais seulement de degrés de la violence").

 Une chose pourtant intrigue : alors qu'il décrit largement en quoi les stéréotypes de la virilité, une certaine conception du couple dont il reste des traces dans l'inconscient collectif, une société où dans de nombreux domaines l'homme est privilégié par rapport à la femme, contribuent à ces violences (au point qu'il perçoit cette violence, lorsqu'elle est commise par des femmes sur des hommes, comme une revanche), il martèle tout au long du livre que c'est très important, mais alors très très important, d'insister sur la différence entre les sexes ("c'est cette tendance à vouloir interchanger les rôles et à abolir les spécificités qui me semble être à l'origine de la poursuite des violences", "une seule voie pour l'avenir : accepter la réalité de l'inégalité et non tendre vers l'utopie d'un idéal égalitaire", "notre société manque cruellement d'éducation à la différence des sexes", …). Bon, avant de se demander ce qui lui prend, on va peut-être chercher à comprendre ce qu'il peut bien vouloir dire par là... "la paternité n'est jamais l'équivalent masculin de la maternité, pas plus que la maternité n'est l'équivalent féminin de la paternité", dit-il en citant Sylviane Agacinsky (Politique des sexes) et en oubliant de dire ce qu'il entend, dans ce livre qui par ailleurs ne s'attarde pas sur la parentalité, par paternité ou maternité, termes qui, c'est vrai, ne recouvrent pas grand chose et vont un peu de soi. On va chercher ailleurs, alors... Ah, formidable, une différence précise, dans le fonctionnement cognitif : "il a bien été montré combien les femmes réussissent toujours mieux que les hommes dans les tests de mémoire verbale et qu'elles ont une meilleure mémoire "fortuite" ", ce qui expliquerait certaines réactions rapportées en vignette clinique, comme "lui, il vit dans l'instant. Ce qui est passé est passé. Mais toutes ces humiliations, ces réflexions blessantes, je ne veux pas les oublier, je ne peux pas les oublier!". On pourrait croire bêtement que quand quelqu'un tient un propos humiliant, c'est plus marquant pour la personne qui en est la cible que pour la personne qui en est l'autrice, surtout quand ça arrange bien la personne en question de dire que l'autre en rajoute (quelqu'un qui prend la bonne habitude de tenir des propos humiliants n'est pas nécessairement quelqu'un qui supporte bien de les entendre!), cas qui se présente dans de très très nombreuses vignettes cliniques du livre, mais en fait non, c'est plus probablement une liaison mystérieuse entre les ovaires et l'hippocampe que les chercheur­·se­·s en neurologie ne sauraient tarder à découvrir. Heureusement, Philippe Brenot a anticipé ma mauvaise volonté, et fournit encore un autre exemple : Adrien, 12 ans ("il est bagarreur et tape tous ceux qui refusent son autorité", "il a vu son père frapper sa mère lors de leur séparation"), frappe Chloé, 14 ans, la sœur d'un de ses amis, parce qu'elle ne veut pas le laisser passer devant elle au self. Il explique au surveillant qu'il ne comprend pas bien ce qu'on lui reproche, d'une part parce que "cette pouffiasse" était parfaitement libre de se pousser, d'autre part parce que des coups "j'en reçois tous les jours et ne dis rien". Le­·a lecteur­·ice apprendra que dans cette situation, le problème, ce n'est pas qu'Adrien ne soit pas foutu d'attendre son tour au self, ni que sa réaction spontanée en cas de conflit soit de frapper (même si c'est lui qui a déclenché ledit conflit), ni même qu'il trouve normal de prendre des coups, non non non, le problème, c'est que, comme Adrien, "trop d'hommes sont encore aujourd'hui ignorants de la différence des sexes" (pourtant Adrien ne semble pas l'ignorer tant que ça... c'est quoi, le masculin de "pouffiasse"?). Si vous êtes un homme, faites bien attention de ne pas avoir Philippe Brenot derrière vous quand vous faites la queue au self!

 Bon, il est temps d'avouer que je suis un peu de mauvaise foi dans ma façon de présenter les choses : il y a bel et bien plus de précisions sur les différences entre hommes et femmes qui selon l'auteur sont salutaires, et il admet lui-même que c'est compliqué, mais d'une part il faut attendre la fin du livre (donc se taper un certain nombre de rappels sur le risque d'apocalypse si on ne respecte pas assez ces différences, ce qui m'a laissé pas mal d'occasions de me demander s'il fallait que je fasse des concours de pets, que je regarde plus souvent le foot -mais sans ma femme, dans l'idéal en m'engueulant avec elle parce qu'elle veut regarder Titanic- et que je quitte la fac de psycho pour un BEP mécanique, pour servir la cause réellement urgente de l'égalité homme/femme), d'autre part ces différences concernent surtout la séduction (en gros, l'homme doit accepter d'être à l'écoute, sensible, d'apprécier les moments passés ensemble, ce qui, alors qu'on pourrait croire que c'est l'apprentissage du vivre-ensemble, revient en fait à accepter la féminité de sa partenaire, tout en conservant les traits masculins qui sont jugés sexy). Autre élément qui n'aide pas à attendre sereinement la fin du livre pour savoir ce que l'auteur peut bien vouloir dire : sur ce sujet particulièrement sensible, l'auteur dit un certain nombre de fois une chose et son contraire... je défie quiconque de rester zen du début à la fin. La répartition des rôles hommes/femmes telle qu'elle a existé et existe encore est génératrice de violences, mais "c'est cette tendance à vouloir interchanger les rôles et à abolir les spécificités qui me semble être à l'origine de la poursuite des violences", peu importe que la recherche d'emprise dans le couple soit "depuis si longtemps au service du stéréotype masculin du machisme qu'elle peut être considérée comme un caractère appris et, encore une fois, qui peut se désapprendre". "Accepter l'égalité entre les sexes serait le minimum que pourrait faire une classe politique timide" mais "une seule voie pour l'avenir : accepter la réalité de l'inégalité des sexes et non tendre vers l'utopie d'un idéal égalitaire" (par ailleurs, contrairement à ce qu'il laisse entendre, l'auteur n'ignore pas que proclamer l'égalité dans la loi n'est pas suffisant en soi pour qu'elle existe, puisqu'il énumère les différents progrès législatifs qui ont été faits jusqu'à aujourd'hui, y compris l'effroyablement récente -1990- reconnaissance du viol conjugal dans le code civil). Le viol, c'est très mal, la preuve c'est entre autres que c'est aussi "une arme de guerre, il accompagne tous les conflits armés", mais on apprend plus tard à propos du guerrier que tout homme se doit d'être (!) que "les vertus de ce guerrier sont le courage, la gloire, l'honneur, toutes qualités passant au-dessus de la violence qui n'est jamais le but de la guerre". Autre élément intéressant : le viol est une action intrinsèquement masculine parce que "le viol implique l'intrusion d'un sexe ou d'un objet proéminent à l'intérieur du corps de la victime, arme que tout homme porte sur lui en permanence", "un homme ne peut être pris à son corps défendant par une femme, fondement de l'inégalité des attitudes que nous dénonçons"... alors qu'on pourrait bêtement croire que le stéréotype du désir masculin qui ne supporte pas la contrariété (les lecteurs du blog se souviennent peut-être que Dolto estime que c'est bien normal qu'un homme couche avec sa fille, ravie de lui rendre ce service, si son épouse se dérobe au devoir conjugal), ou la représentation répandue de la pénétration comme une domination virile ("enculé", très répandu dans le langage, n'est pas un terme aimable -l'homophobie n'est d'ailleurs pas un obstacle pour qu'un homme stipule à un autre qu'il l'encule-, et dire à quelqu'un qu'on a des ébats torrides avec sa mère est rarement en soi un compliment sur le physique de cette dernière), ont plus à voir avec ce crime qu'une coïncidence anatomique. Enfin, c'était intéressant d'apprendre que les femmes n'ont pas de doigts...

 Le livre est aussi ponctué de plusieurs charges contre le féminisme, qui, ça va de soi, est agressif et clivant et a pour obsession de traquer et détruire ce qui constitue la féminité ou la masculinité, mais surtout ne sert à rien : "les femmes révolutionnaires, quand à elles, se sont cassé les dents sur un machisme inébranlable", "le féminisme a été une source d'évolution, aujourd'hui il ne l'est plus". Eh oui, les évolutions sociales et législatives sont apparues comme ça, d'un coup, pouf pouf, comme les cadeaux à minuit sous le sapin de Noël. Les combats laborieux, l'obligation de faire ses preuves ou de provoquer une dette (travail en usine pendant la première guerre mondiale, résistance et risques de mort et de torture que ça implique pendant la seconde en ce qui concerne la France, selon mes souvenirs de collège qui sont sûrement un portrait un peu simpliste mais je suis pas historien on va faire avec), en fait ça n'a servi à rien, il fallait juste attendre, ou à la limite écrire une jolie lettre aux gentils elfes législatifs du Pôle Nord. D'ailleurs, ils vont peut-être livrer cet après-midi le droit de conduire aux femmes d'Arabie Saoudite, on ne sait jamais... Mieux, "en face d'un féminisme libérateur ne s'est levé aucune franche opposition". C'est vrai ça, la Déclaration des Droits de la Femme d'Olympe de Gouges a été immédiatement acceptée dans la joie et la bonne humeur, les féministes d'aujourd'hui ne doivent pas subir menaces de viol et de passage à tabac massives ou suppositions sur leur sexualité sur les réseaux sociaux, quant à celles qui s'opposent aux Talibans, ça se termine systématiquement dans la rigolade autour d'un verre. Et tant qu'on y est, l'évolution post-68arde des mentalités "s'est faite en moins de trois générations sans que les deux camps ne se soient réellement affrontés" (c'est vrai que les hommes et les femmes, qui pour l'occasion sont des camps -déjà que d'ajouter le concept de genre au concept de sexe a provoqué pas mal de malentendus, est-ce bien nécessaire d'ajouter celui de camp?-, ne se croisent qu'exceptionnellement... heureusement qu'il y a les cigognes pour que l'espèce humaine puisse se perpétuer!). De crainte que le terme de féminisme ne soit pas assez effrayant, Philippe Brenot utilise parfois celui de "post-féminisme". Bon, ce n'est pas de la psycho, mais je me permets une précision, parce que si ce n'est pas clair pour Philippe Brenot ce n'est peut-être pas clair pour d'autres personnes non plus : le féminisme, c'est la lutte contre les inégalités entre hommes et femmes, point (ça n'implique absolument pas de détester les hommes, ni de brûler les poupées et les ballons de foot). Comme la société est complexe, que les interactions entre hommes et femmes sont omniprésentes, et que les inégalités, qui sont bien plus souvent en faveur des hommes, sont nombreuses, il y a un certain nombre de façons d'être féministe. La définition des inégalités (une femme qui porte le voile de son plein gré, est-elle aliénée, auquel cas il faut la convaincre d'arrêter, ou est-ce que ne pas respecter son choix est sexiste en soi?), les moyens d'arriver à l'égalité (les quotas permettent de corriger un déséquilibre existant, mais c'est aussi inscrire la discrimination, serait-ce de la discrimination positive, dans la loi), posent des questions dont les réponses ne font pas l'unanimité, les débats entre féministes sont donc parfois virulents. Et si l'injonction à être belle provoque par certains aspects des inégalités, on peut parfaitement être féministe et aimer le maquillage. Etre pour l'égalité des salaires, c'est une revendication féministe. Vouloir sortir dans la rue sans subir des techniques de drague à base de sifflements et de cris d'animaux (et d'insultes dans le cas surprenant d'un refus) même quand il est tard et qu'on est dans tel ou tel quartier, c'est une revendication féministe. Même si par ailleurs on aime le maquillage, les décolletés plongeants, les hommes qui ont des épaules larges, … Donc, quand Philippe Brenot liste, statistiques à l'appui, des discriminations subies par les femmes, y compris les plus insupportables qui sont les expositions à la violence, il s'agit incontestablement de revendications féministes. Et écrire un livre rempli de revendications féministes, avec un titre féministe, tout en disant que le féminisme c'est le mal, ce n'est plus de l'équilibrisme, c'est du contorsionnisme, d'où de nombreux passages qui laissent perplexe. Heureusement qu'il ne fait pas pareil avec tous les termes, sa vie serait quand même compliquée... "Tu fais quoi?" "J'ai battu des œufs, j'ai assaisonné, et là je les fais cuire à la poêle" "Ah, OK, une omelette, bon appétit" "Ah mais non, pas une omelette, quand même pas, t'es fou toi, moi je fais pas d'omelettes!"

 Mais, rappelons le, l'auteur est aussi thérapeute de couple, et donne des solutions bien concrètes à des situations qui pourtant semblaient insolvables à la lecture des nombreuses vignettes cliniques énumérant des hommes qui ne voient pas où est le problème (sinon dans le comportement de leur épouse qui ne comprend rien à rien), ou qui s'estiment impulsifs mais ne trouvent pas de solutions pour arrêter de frapper quand la situation ne leur convient pas, c'est à dire souvent. Quelques extraits particulièrement représentatifs : "Je suis trop frustré si on me dit non! Et puis, il n'y a aucune raison de le faire car j'essaye d'être le plus juste avec tous, ma femme, comme avec mes enfants", "elle me dit que ça ne lui plait pas, mais dans le fond je pense qu'elle aime bien" (à propos d'une tenue vestimentaire négligée). Une autre explication claire, que Philippe Brenot a emprunté à Patricia Evans (L'agression verbale dans le couple) : "Plus il se met en colère et plus elle tente de comprendre comment le fait de dire que la salade est au réfrigirateur a pu l'amener, lui, à croire qu'elle pensait qu'il en voulait. Lui n'est, bien entendu, pas hors de lui au sujet de la salade. Il se fâche parce qu'il a besoin d'exprimer sa colère, en tout impunité. Cette impunité s'est trouvée menacée quand elle a répondu : "Pourquoi te fâches-tu?". Il s'est alors senti contrecarré et s'est dit qu'il risquait de perdre son pouvoir sur elle". La priorité est d'enrayer le cycle de la violence (et comme le monde est bien fait, c'est le titre du chapitre) : il faut donc résister aux impulsions de rendre les coups, de se murer dans le silence par protection ou en représailles, ou de critiquer trop frontalement le comportement d'un interlocuteur qui se trouve trop parfait pour supporter la critique, car ces réactions entretiendraient un cercle vicieux. Le conseil de l'auteur est plutôt de signifier l'interdit en allant systématiquement porter plainte ou déposer une main courante, même si on est un homme victime d'une femme et que c'est difficile à aller raconter à des gens et même en cas d'insultes (eh oui, les insultes, c'est illégal), ce qui a en plus l'avantage d'introduire un tiers : ce n'est pas une épouse qui n'a mesuré ni ses propres failles ni la perfection de son conjoint qui dit non, c'est la société, à travers le code pénal et le commissariat (d'autres tiers peuvent fonctionner, et permettre un début de dialogue, mais les parents sont à éviter, d'un point de vue stratégique, parce que ça atténue la dimension de conflit entre adultes). Philippe Brenot invite aussi à une méthode de dialogue (la communication paradoxale) qui consiste à commencer sa réponse par des propos positifs et valorisants, rendant la critique qui suit recevable (exemple de l'auteur : "oui, je comprends bien ce que tu viens de dire et tu as raison dans un certain sens, car ce n'est jamais très simple de communiquer entre nous... par contre, je n'accepte pas la façon dont tu cries et les mots dévalorisants que tu utilises pour me parler")... utiliser l'humour de façon préventive pour désamorcer peut fonctionner aussi. L'intervention d'un­·e professionnel­·le, qu'iel soit psychiatre, psychothérapeute, psychologue, médecin, psyn'importe du moment qu'iel a une formation solide en thérapie de couple, est fortement recommandée, mais dans certaines condition : ça ne peut pas fonctionner si les deux membres du couple ne sont pas volontaires, impliqués dans la démarche, et il est souhaitable qu'iels consultent la même personne, mais chacun­·e individuellement. Pour certaines personnes, la thérapie de couple ne suffit pas, il faut une thérapie tout court ou une réponse pénale ("devant la résistance de certaines personnalités rigides, très narcissiques, voire perverses, les stratégies conjugales de la communication montrent peu d'efficacité") (Philippe Brenot ne le précise pas, mais c'est par ailleurs très souvent le cas : la maladresse dans la communication ou l'impulsivité sont souvent des excuses ou des prétextes pour faire accepter des comportements de violence et d'emprise dans une relation abusive).

 Les conseils pour désamorcer la violence, les abondantes vignettes cliniques, sont précieux, et c'est peut-être dommage de prendre le risque de perdre de nombreux­·ses lecteur­·ice­·s avec une approche aussi clivante : le titre risque de faire fuir certaines personnes, l'auteur s'en prend frontalement (faute de le faire avec de la précision factuelle) au féminisme mais tient des propos féministes qui ne sont pas des moins virulents (invitation explicite pour chaque homme à se remettre en question, statistiques sur la violence subie par les femmes en tant que femmes, présentation de la structure psychique selon Freud -en particulier le concept d'envie du pénis chez la femme- comme résultant d'une culture sexiste, liens entre certains aspects de la virilité et violence dans le couple, refus d'une distinction entre les violences autre qu'une distinction de degré, …), le premier chapitre est intitulé "j'accuse les hommes", ce qui fera sauter au plafond ceux et celles qui ne veulent pas entendre parler de ce qu'on peut appeler domination masculine (comme Bourdieu souvent cité), patriarcat ou androcentrisme (le terme choisi par l'auteur), le second est intitulé "mais je demande aux femmes" et sera perçu comme odieusement paternaliste par ceux et celles qui sont sensibles à cet androcentrisme (avec raison, puisque dans ce chapitre il explique aux femmes ce qu'il ne faut surtout pas faire face à la violence, mais ne dit pas ce qu'il faut faire, c'est réservé à un chapitre qui n'est pas, ce serait trop simple, le suivant), … En plus de faire des choix plus diplomatiques, il était peut-être aussi possible de faire une distinction entre la violence sociale, qu'il reste indispensable de dénoncer, et la violence interindividuelle dans le couple, donc de parler moins constamment de masculin et de féminin, moins constituer ce qu'il en arrive à appeler des camps : si les deux sont à l'évidence liées (les viols, les violences conjugales, sont pour l'écrasante majorité des violences que des hommes font subir à des femmes), s'il y a une continuité, sont-elles complètement indissociables? Est-ce qu'il est impossible qu'un couple qui vit dans le partage des tâches le plus traditionnaliste et y tient (l'homme est responsable de ramener un salaire, à la maison il ne lève pas le petit doigt) vive dans le respect mutuel avec des sentiments amoureux réciproques? Qu'un homme qui clame au contraire être favorable à l'égalité frappe sa conjointe et lui demande de rendre compte de son moindre mouvement de sourcil parce que, il n'y peut rien, c'est quelqu'un de passionné et impulsif (dans 7ème étage, Nils profite précisément qu'Asa ait le permis de conduire et pas lui pour maîtriser encore plus la situation en profitant de sa vulnérabilité de fait quand elle conduit)? Et on peut douter qu'aucun couple homosexuel ne puisse profiter de ces conseils de thérapie de couple : pourtant, parmi les si nombreuses vignettes cliniques, toutes concernent des couples hétérosexuels. Les mécanismes décrits, d'estimer son propre désir comme la chose la plus importante du monde et le ressenti de l'autre comme à côté de la plaque, qu'il n'y a plus aucun effort à faire une fois que la relation est inscrite dans la durée (mariage, …), de vivre comme une agression les demandes de passer du temps ensemble, de trouver acceptable de frapper pour maintenir une domination, est-ce que ce ne serait pas, au delà d'une distinction homme masculiniste/femme victime de l'androcentrisme, une distinction sujet/objet, donc des compétences fondamentales du vivre-ensemble qui ne font pas partie des préoccupations de la personne violente en plus d'être une situation favorisée par des stéréotypes?

2 commentaires:

  1. Au moins l'ouvrage que tu ne donnes pas envie de lire, aura-t-il donné une bonne occasion de rigoler, grâce à toin

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  2. Et pourtant ça vaut la peine de lire le livre... c'est juste éprouvant, un peu comme manger un artichaut en étant obligé de mâcher les feuilles

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